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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 09:59

Quand vous vous réveillez un jour en vous disant : « c’est tranché, j’ai décidé : je veux faire un LL.M », vous n'envisagez que de façon très vénielle ce que cela implique au concret. Bien sûr, le processus de réflexion est un peu plus complexe qu’une simple nuit de circonspection. Pour la plupart des étudiants, moi y compris, c’est le résultat d’un cheminement assez sinueux et pas toujours complètement rectiligne. Souvent, l’hésitation se joue entre LL.M donc, école de commerce (généralement un MS) ou un autre Master II de Droit plus prestigieux -éventuellement- que le sien. Les questions fusent : aux anciens, aux professeurs, aux professionnels ; on s’auto-persuade que telle formation est mieux, académiquement, mieux vue sur le CV, plus riche sur ce point bien que moins intéressant sur celui-là. La lutte intérieure est incessante. Personnellement, je me suis quand même pas mal posé la question, jusqu’à remplir un dossier de candidature pour un MS que je n’aurai finalement pas envoyé.

 

Mon choix s’est finalement porté pour un LL.M (sur le continent asiatique).

 

Les avantages qui prédominent et plaident en la faveur de ce choix sont relativement nombreux et pèsent assez lourds. En définitive, je dois le dire, les arguments que je vais citer sont plus une question de point de vue que d’affinité objective (chacun devant trouver sa voie) mais c’est sans doute intéressant de lire une vision d’un autre étudiant qui a déjà fait ce choix.

 

Partir en LL.M permet donc, grossièrement dit, de découvrir le monde. C’est peut-être un peu prétentieux voire angelot écrit comme ça mais, quand même, ça aide à s’internationaliser, à internationaliser son esprit et considérablement augmenter ses perspectives et reconsidérer ses attentes. L’attrait numéro 1 du départ à l’étranger pour une longue période est sans doute l’immersion dans une culture (plus ou moins selon votre choix) différente de la notre. Comment vous réagirez quand vous aurez un travail en groupe à faire et que les chinois (ou autre) avec qui vous travaillerez ne sembleront pas en phase du tout avec ce que vous considérerez être la façon de traiter une problématique ? Ben ça, en fait, avant de partir sur place, vous ne savez pas vraiment. On a eu l’occasion de faire d’innombrables travaux de groupe durant nos années de fac mais c’était le plus souvent avec des français, amis, sur des sujets de droit français, en français, dans l’université dans laquelle on a passé 1, 2, 3 ou 5 ans. Pas très exotique tout ça, pas propice à l’élargissement d’horizons. Il faut passer par là c’est évident, mais à un moment, ça fait du bien de s’extraire du moule, et de s’introduire dans un autre moule. C’est un peu « gouter la différence », et vous verrez parfois les confrontations sont assez étonnantes (que ce soit avec des asiat, des américains ou des européens... tout le monde observe le monde à l’aune de son prisme national : du coup, discuter de tout et de rien prend une autre dimension). Culturellement donc, c’est un plus sidéral que le LL.M offre par rapport à tout autre diplôme en France. Et ne pensez pas que ce soit un atout résiduel ; c’est important car un avocat, d’affaire au demeurant, est définitivement condamné à travailler avec des nationalités différentes et traiter avec un indien, un chinois ou un allemand, c’est pas exactement le même process. Par conséquent, de ce point de vue là, +100 pour le LL.M, d’autant plus si vous quittez la sacro-sainte Europe, vielle, criblée de dettes, un peu sclérosée et trainant un certain nombre de boulets (France, Grèce, etc.).

Bon, du coup, le corollaire c’est les gros progrès que vous faites en anglais (à moins que vous ne soyez d'ores et déjà bilingue) que ce soit écrit ou oral. Bien sûr il faut se forcer à éviter de trainer sans cesse avec ses coreligionnaires, c’est sympa de temps en temps mais le but est quand même de parler anglais (voire d’autres langues si vous le désirez) et d’oublier le français pour un temps. En revenant après un an, vous avez une légitimation de votre « anglais courant » sur le CV. Et pour le coup c’est vraiment vrai… Au moins, vous avez plus peur, voire, vous attendrez qu’on vous parle en anglais à l’entretien pour montrer vos nouveaux skills et votre nouvel accent (qui en fait, ne s’améliore que si vous faites un vrai effort sur lui) texan. Attention cependant, on ne devient pas « properly bilingual » en 1 an… Je pense que ça prend plusieurs années d’immersion.

 

Autre avantage concurrentiel du LL.M : vous tester vous-même ! Vous vouliez depuis toujours partir et vous installer à l’étranger… seulement, qu’on se le dire, ce n’est qu’une fois être vraiment parti et qu’une fois avoir passé un grosse période loin de ses proches et de ses habitudes qu’on se rend compte si on est fait pour vivre à l’étranger sur le long terme. Croyez-le ou non, ce n’est pas si évident. Et tout le monde n’est pas fait pour demeurer loin de son pays. Cela dépendra évidemment aussi du niveau d’expatriation. Aller à Londres (6h30 en train de Marseille) ce n’est pas comme aller à Beijing ou Delhi vous l’aurez compris. Personnellement, une année (voire deux) à 10,000km de Paris me conviendrait, pas plus longtemps.

 

Encore un autre élément : vous devenez dégourdi car vous allez faire face à des problèmes inattendus (signer un bail en anglais sous-titré chinois, ouvrir une ligne de téléphone, aller chez le médecin dans un pays ou vous n’avez qu’une idée très vague de comment se passe une consultation, régler des problèmes de dégât des eaux, gérer un budget pour de vrai…), démultipliés encore si vous décidez de voyager pendant votre LL.M (c’est un peu consubstantiel, disons le clairement, et ça fait partie de l’aventure). Vous relativiserai ensuite vos problèmes pour vous faire rembourser une boite de doliprane sans ordonnance en France.

 

Au surplus, mine de rien, après votre Master II et avant le début de votre vie professionnelle en tant qu’avocat ou juriste, ça fait une belle pause. Je pense que s’offrir une telle expérience après 5 ans de dur labeur est mérité. Ca permet de se recentrer, bien circonscrire ce qu’on attend du futur et permet de capturer un nombre assez élevé de souvenir avant de sombrer dans le stress du boulot conduisant au burn-out et parfois au suicide. On pourra tempérer ça en se rappelant nos souvenirs, loin de la France, quelques mois, années en arrière… Ok, c’est un peu bucolique mais pour ceux qui veulent devenir avocat dans des gros cab parisiens, après ça, la liberté et la tranquillité, c’est fini…

 

Je finirai par rajouter que c’est un atout considérable sur le CV. Sur l’ensemble de mes entretiens pour mes stages qui suivent presque directement mon LL.M, ce LL.M a été l’un des facteurs clé du recrutement.

 

Bon bien sur tout n’est pas complètement tout rose, ça serait trop beau et ce format LL.M n’est pas fait pour tout le monde. D’abord, c’est franchement cher. Trop cher je ne sais pas mais nous, étant habitués à nos universités, on se dit que c’est véritablement abusé. Je le pense aussi, les moyens sont plus importants mais ça ne justifie que moyennement un prix si élevé… Le rythme de cours n’est pas forcement super adapté aux purs et durs bosseurs qui veulent bâfrer du droit. C’est très tranquille et le minimum suffit pour revenir en France avec un beau diplôme. Au surplus, vous ne deviendrez pas des docteur ès Common-Law après 9 mois de cours, c’est évident mais c’est important de le souligner. Enfin, le droit s’exporte mal, il est difficile de trouver des places en Magic Circle à l’étranger (c’est possible mais quand même assez compliqué). Face à des diplômés locaux on ne fait pas le poids.

 

Bon ces désavantages sont toutefois à relativiser. Puisque le prix d’un MS est de toute façon également dithyrambique, et que le contenu de l’enseignement emporte finalement moins que le nom ou la destination du diplôme…

 

In fine donc, le choix reste bien évidemment très subjectif (pléonasme) et c’est avant tout vos attentes qui doivent s’exprimer (lapalissade).

 

Bonne reflexion.

 

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Published by les-etudes-de-droit
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