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25 janvier 2019 5 25 /01 /janvier /2019 10:42

Bonjour à tous,

Je suis tombé par hasard sur LinkedIn sur un article posté par Les Echos « Stage : dans l’enfer des gros cabinets d’avocats » et également sur un article du Monde « L’amertume des jeunes avocats ».

En parallèle, je suis tombé sur un autre article posté par The Australian Financial Review  « What it's like working as a young corporate lawyer at a top tier firm » et enfin un dernier posté par Efinancialcarrers « COMMENT: My friend died after overworking in banking. Watch your health ».

Du coup, en tant qu’avocat "middle" en corporate aujourd’hui, dans un cabinet dans lequel une 50aine d’avocats travaillent, je souhaitais simplement partager ma vision des choses tout cela.

Je ne peux que valider le constat selon lequel, au moins en début de carrière, et notamment en stage final pour les avocats, il faut tout de même donner un peu de soi et avoir la niac pour parvenir à se mettre dans le bain, développer certains réflexes, progresser au mieux, se faire son expérience, apprivoiser en quelques sortes le métier, entrer dans le moule, et faire bonne impression à ses boss si toutefois votre volonté serait de poursuivre dans le même cabinet après le stage.

Je ne peux que valider et confirmer par ailleurs le constat selon lequel ce métier est un métier difficile, exigeant (on dirait demanding en anglais, et je trouve que ça sonne encore plus clair, on est sans cesse sollicités, « demandés »), même intrusif dans le sens où il faut se rendre disponible sur des amplitudes horaires vastes (en général entre 9h-9h30 et 20h-20h30, il « faut » être présent... Selon les cabinets, l’amplitude peut être plus ou moins grande mais cela me semble être à peu près la norme) et pouvoir éventuellement répondre en cas d’urgence (y compris toute urgence qui serait créée par un associé, cela arrive souvent), hors de ces horaires. Il existe toujours également ce ressac de présentéisme à la française que je ne trouve ni intelligent ni pertinent mais auquel j’avoue personnellement me soumettre a minima par convention lorsque nécessaire.

La conséquence logique serait qu’il est donc normal de devoir beaucoup travailler afin de finalement pouvoir être à la hauteur, être confronté vite et bien à des cas de figures divers et variés, gérer aussi bien la technique juridique que la relation client, pour développer une expertise et in fine progresser correctement au sein d’une (ou plusieurs structures plus vraisemblablement) pour s’associer à la fin des fins dans le cabinet de vos rêves (si tant est que ce concept existe encore une fois vos études terminées).

A la vérité, il me semble que tout cela n’est pas aussi univoque qu’il n’y paraît.

D’abord, les aspirations de notre génération (et je parle de notre génération d’avocats ici mais cette évolution est, me semble-t-il, plus globale) semblent doucement changer, se réorienter. Si vous sondez aujourd’hui tous les jeunes stagiaires ou collab dans tous les cabinets d’affaire de bonne taille, j’ai peine à croire que vous trouverez une majorité de personnes qui souhaitent, à terme, s’associer. Beaucoup vous diront qu’ils voient plutôt leur carrière évoluer en entreprises, certains vous diront qu’ils veulent changer totalement de vie, certains souhaitent monter leur business (mais pas forcément un cabinet, ni même dans le domaine du droit), beaucoup ne savent pas mais ne se voient pas demeurer avocats toute leur vie, quelques-uns vous confirmeront que leur but est l’association et le plus tôt sera le mieux (mais il me semble qu’ils ne seront pas si nombreux que ça).

Les raisons de cette défection pour l’association me semblent diverses.

En premier lieu, il faut le dire, la concurrence en la matière est rude. Si, il y a deux décennies, le nombre d’avocats plus restreint sur la place permettait à la plupart d’entre eux de parvenir à s’associer, ce n’est aujourd’hui plus la même histoire.  "« La profession d’avocat a doublé ses effectifs en quinze ans et est aujourd’hui confrontée à un problème identitaire. Elle ressemble à un adolescent mal à l’aise dans un corps qui a grandi trop vite », constate Pierre Berlioz, directeur de l’EFB. La France comptait près de 40 000 avocats en 2004, ils sont plus de 68 000 aujourd’hui. En même temps, près d’un tiers des avocats quittent la robe avant dix ans de carrière."

En second lieu, et l’argument est sans doute plus déterminent aujourd’hui, ce que j’entends et lis ici est là est que les jeunes ne sont plus prêts à donner leur vie pour le cabinet. Ils assument pleinement vouloir maintenir un équilibre entre vie professionnelle et vie privée. La rémunération n’est plus/n’est pas le premier critère dans le choix de ses candidatures. Il y a beaucoup la réputation du cabinet et des équipes au sein dudit cabinet, en particulier l’ambiance entre collab et ce qu’on dit de ou des associés en charge. La plupart des jeunes diplômés n’ont plus la volonté ni la patience de subir un environnement qui serait « malsain », anxiogène, ou dans lequel la charge de travail serait disproportionnée, surabondante.

Cet élan vers une vie professionnelle, disons, plus saine, moins chronophage, semble en effet partagé par les générations Y et Z. Les incessantes discussions relatives au fameux burn-out, le droit à la déconnection découvert par la Cour de cassation, le développement du yoga (et ses nombreux dérivés), de la sophrologie, de l’hypnose et de toutes ces techniques et activités pour combattre le stress voire l’anxiété, la volonté de faire du sport, de faire attention et prendre soin de soin, voire le végétarisme et le véganisme sont autant d’indices qui semblent plutôt nous mener vers une société qui se voudrait plus apaisée.

Toutefois, et paradoxalement, pour en revenir à notre profession, les exigences du métier demeurent, et s’intensifient même, en parallèle. Le développement des technologies a fait qu’on doit être joignables partout, tout le temps. Les clients demandent toujours mieux et toujours plus mais en parallèle sont de plus en plus réticents, de plus en plus regardants sur les honoraires. Notre métier est de plus en plus concurrencé, que ce soit par les start-up qui promettent l’alpha et l’omega à tout un chacun (le métier va évoluer dans les prochaines années mais malin qui pourra dire dans quelle mesure ; à cet égard, le dernier bouquin de Luc Julia remet les choses en perspective), par les notaires, les experts-comptables, les conseillers divers... Du coup, le travail des cabinets doit justifier le paiement de ces honoraires parfois élevés. Ce qui signifie que le travail doit être efficace, rapide, sans faille, et réalisé à la volée. L’inflation législative, réglementaire, en matière fiscale, sociale, environnementale, etc., ne simplifie pas la tâche. Si, en un sens, et de manière cynique, les professionnelles peuvent admettre que c’est une aubaine (plus c’est compliqué, plus on a besoin de conseils - CQFD), il n’en reste pas moins que la tâche est difficile derrière pour les conseils.  

Ainsi, les jeunes sont désormais souvent à la recherche de structures où ils se sentiront bien. Si les périodes de stress et de rush, consubstantielles en quelque sorte à la profession, sont par moment normales voire éventuellement excitantes, et justifient parfois des niveaux de rémunération élevée, il ne faut pas s’en rendre malade (cf. l’article cité ci-dessus), et ne pas hésiter à changer si la situation devient anxiogène voire inacceptable (et, je n’aborde pas, dans cet article, le sujet du harcèlement).

Pour finir sur une note positive, le métier demeure toutefois passionnant à mon sens, intellectuellement très stimulant, et gratifiant par moment. Il y a comme partout parfois des moments difficiles, mais il y a aussi beaucoup de points positifs. J’ai personnellement aujourd’hui trouvé une structure et une équipe dans laquelle j’évolue sereinement, et dans laquelle je me sens bien.

 

https://start.lesechos.fr/rejoindre-une-entreprise/temoignages/stage-dans-l-enfer-des-gros-cabinets-d-avocats-13904.php

http://lirelactu.fr/source/le-monde/3f88337a-ccb8-49b0-8db8-caa45ece2664

https://www.afr.com/leadership/workplace/what-it-is-like-working-as-a-young-corporate-lawyer-at-a-top-tier-firm-20181212-h190vt

https://news.efinancialcareers.com/my-en/332333/bankers-overwork-health

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commentaires

Shana 23/06/2020 19:16

J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et un blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers (lien sur pseudo) Au plaisir.

Shana 05/05/2019 14:54

Beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte. Un blog très intéressant. J'aime beaucoup. N'hésitez pas à visiter mon blog (lien sur pseudo). Au plaisir.

Clément 17/03/2019 12:37

Même si je ne suis qu'en fin de licence je ne peux que rejoindre votre analyse sur les personnes voulant devenir avocats : beaucoup se disent que faire avocat en droit des affs est un moyen de gagner beaucoup d'argent en travaillant moins que certains avocats dans d'autres domaines (L'exemple typique étant le pénaliste qui est peut être à mon sens un peu "rabaissé"...)

Mais il est clair que maintenant, les "gros cabs" ne font plus trop rêver, et mes quelques connaissances en licence veulent effectuer le CRFPA histoire d'avoir le diplôme. Mais jamais pour rejoindre l'avocature. Seulement pour exercer en entreprise et avoir une ligne de CV...

Que pensez vous de cette évolution (un peu regrettable à mon sens) où le CAPA devient seulement un diplôme demandé par les entreprises ? Certains problèmes de la profession ne seraient pas dû à une logique "d'inflation des diplômes" ?

les-etudes-de-droit 22/03/2019 17:51

Ça n’a pas vraiment de sens, l’entreprise ne fonctionnant pas du tout de la même manière qu’un cabinet (hors éventuellement les « BIG » comme on les appelle, EY, PWC, etc.). Une entreprise qui exigerait le CAPA se méprendrait à mon avis. D’abord parce que le CAPA n’est pas nécessairement un gage de qualité (je crache pas dans la soupe mais on ne peut pas dire que la formation à l’école d’avocats soit dingue) et, ensuite, en ayant le CAPA, un juriste d’entreprise peut se sentir libre de quitter l’entreprise et de (re)trouver un poste en cabinet plus facilement... alors qu’un juriste d’entreprise non titulaire du CAPA n’aurait pas cette possibilité (ce qui réduit les possibilités de prendre ses distances avec l’entreprise dès lors qu’il n’y a, il me semble, pas tant de postes que ça chez les juristes d’entreprise).

cabinet d'avocat 25/01/2019 16:53

Un excellent blog et surtout des articles variés d'actualités. Bonne continuation.

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