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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 01:43

    L'associatif est sans doute, au même titre que les stages et passions diverses (notamment), un des éléments qui marquent singulièrement un dossier. Par conséquent il peut être fort intéressant pour tous les étudiants (de droit et d'ailleurs), et cela à tout point de vue, de s'intéresser au milieu associatif. Que ce soit en rapport ou non avec le sujet de votre cursus n'a somme toute que peu d'intérêt. Trouver quelque chose qui complète votre formation est envisageable et utile aussi bien humainement que professionnellement, mais rien ne vous empêche de sélectionner d'autres associations, sur des thèmes différents (plus humanitaires ou sociales, "Les Petits Frères des Pauvres" par exemple).
Etant donné que nous sommes sur le blog d'un étudiant en droit, nous allons patrociner plus particulièrement au sujet d’une association qui a largement trait à la justice -dans un sens générique.
    L’association dont je voulais parler dans cet article se dénomme « GENEPI » : n’y voyez aucune référence à quelqu’alcool savoyard que ce soit, il s’agit simplement d’un acronyme incisif qui a seulement pour but de flatter la mémoire. L’association GENEPI donc, pour, « Groupement étudiant national d'enseignement aux personnes incarcérées ». L’association étudiante la plus éminente au niveau de l’activité et de la taille. Elle regroupe pas moins de 1.300 étudiants bénévoles (évidemment) à travers toute la France qui interviennent une fois par semaine, chaque semaine, en détention, à dessein de dispenser, non pas des cours (nous n’en avons pas la prétention), mais plus précisément une activité culturelle (ou autre) visant à partager avec les détenus, à s’immerger dans la milieu carcéral, à comprendre in concreto comment fonctionne une prison et enfin, à réfléchir. Le fameux triptyque police / justice / prison le suggère assez bien, la machine pénale est constituée dans son dernier mouvement par l’incarcération (assez souvent), lieu commun de l’expiation des péchés, de repentance et tout autre mysticisme souvent brandi pour justifier ces mesures.
    Autant le dire tout de suite, pour tous les étudiants en droit notamment qui veulent se hasarder au milieu associatif, sans doute l’association GENEPI est l’une des plus proche de la matière juridique. Elle permet aux étudiants de mieux comprendre le fonctionnement de la chaine pénale. De mieux appréhender la vie en détention. Pour ceux qui veulent devenir avocat ou juge ou policier par exemple, l’expérience est plus qu’attrayante. Intervenir auprès des détenus, commencer dès le début de son cursus au plus près des professionnels de la justice est une opportunité qu’il faut savoir saisir.
    Ma première intervention a été une expérience complètement enivrante. Un peu d’appréhension m’animait avant de me présenter ; les deux heures d’« enseignement » sont en fait passées à une vitesse hallucinante. L’activité « Réflexion sur l’actualité en anglais » (que je propose donc) se déroulait sous la forme d’un débat avec les détenus, en anglais (autant que faire se pouvait, mais en les guidant, on arrivait à discuter finalement de pas mal de choses en anglais). Et je peux en témoigner : ces personnes, bien qu’ayant sans doute fait une bêtise (ou plus) un jour ou l’autre dans leur vie, n’en sont pas moins profondément humaines, et incroyablement ouvertes, intéressantes et intéressées. Pas un soupçon d’agacement, pas un cil d’aigreur. C’est vraiment une chance de pouvoir se rendre utile à ce niveau et dans ces conditions. C’est une chance de pouvoir « investiguer » dans ce microcosme en marge de la société -et il faut le déplorer-. C’est une chance de pouvoir transmettre et échanger avec des personnes qui n’ont pas toutes eues autant de chance que nous. Bref, le milieu associatif peut rapidement constituer un véritable violon d’Ingres.
    Outre les interventions hebdomadaires, cette association est également animée par tout un volet réflexion et intervention auprès du public. Les différents pôles régionaux se réunissent entre eux pour des week-end de formation, pour des week-end d’échange et de communication. Ainsi, le week end de formation central se déroule chaque année au sein de l’école Polytechnique en banlieue Parisienne (Palaiseau, 91). Et de nombreux intervenants y sont présents : Me Badinter (parfois), M. Stoléru (qui fut le fondateur), des avocats, des juges (cette année notamment Serge Portelli), des psychologues et psychiatres, des infirmières en milieu carcéral etc. Par ailleurs, de nombreux événements sont organisés à travers la France par des membres de l’association pour sensibiliser le public au milieu carcéral : interventions en milieu scolaire (ISP), dans la rue, dans des bars, lors de conférences etc. Il est également organisé des assises : sortes de tables de réflexions pour approfondir un sujet qui est voté en amont (cette année : « Le sens de la peine », à Lille). On rencontre ainsi nombre d’étudiants passionnés et investis dans ce qu’ils font : des juristes en grande majorité mais pas que, également des étudiants en science politique, d’autres en école de commerce, histoire, littérature, philosophie, etc. Bref, un bouillon de culture et d’aspirations.
    Je vais m’arrêter là, j’aurais aimé faire une présentation plus longue et exhaustive de cette association mais ce n’est finalement pas le propos de l’article : il a plutôt pour but d’interpeller les étudiants et toucher leur curiosité. Je parlais dans le blog de céans d’une association en particulier, mais bien évidemment il en existe des centaines, intéressantes (je pense aussi aux associations de consommateurs par exemple) qui n’attendent que la venue d’étudiants motivés.
    En conclusion donc, et encore une fois (cela constitue le leitmotiv de mon blog en quelque sorte) soyez curieux, originaux et ne vous concentrez pas uniquement et exclusivement sur la faculté (complétez votre formation).
    A bons entendeurs. Bonne soirée.

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Published by les-etudes-de-droit
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Melanandre 02/03/2011 13:37


Je critiquais cette condescendance dans le sens où elle tend à rappeler divers préjugés à l'égard des détenus, comme leur manque d'humanité, vous semblez surpris de retrouver le contraire, de voir
des gens "normaux" ( quoi que le mot, pris dans le sens de " celui qui respecte la norme" est discutable...) et attentifs.
Néanmoins, je ne tiens pas à m'acharner sur cette critique, et n'en salue pas moins votre action.
Bien à vous.


les-etudes-de-droit 02/03/2011 21:05



Bonjour,

Excusez-moi mais je vous ai mal lu précédemment.

Mon postulat de départ (le même que celui de l'association) est : il existe des préjugés, des a priori très négatifs vis-à-vis de la prison de la part de la population. Moi-même, avant d'entrer,
je ne savais pas quel genre d'individus je pourrai rencontrer en détention et c'est aussi pour cela que je suis entrée dans l'association : pour me faire un avis objectif, tangible et empirique.
Et bien, je partage mon expérience : on dit souvent que les gens en "prison" sont des gens différents, "anormaux" (comme vous dites), voire même parfois "monstrueux" (de la bouche du président de
la république). Et je fais le constat, après donc une observation empirique, que ce n'est pas le cas.
Ne pensez vous pas que pour dénoncer quelque chose il faut en parler ? L'inconscient collectif ne pense pas : en prison tout va bien, les gens sont très biens et vivent très bien… Sinon,
l'association n'existerait pas.


D'où mon raisonnement : je ne savais pas à quoi m'attendre et j'avais une certaine idée de la détention (comment vivent les gens là dedans, qui sont-ils réellement ?). Une fois à l'intérieur du
centre pénitencier, et bien que constate que les préjugés sont infondés. Et j'essaye de faire passer le message aux lecteurs de ce blog notamment.


 


Mais de toute manière, là n'est pas l'objet de l'article ;-)



Melanandre 02/03/2011 01:58


"ces personnes, bien qu’ayant sans doute fait une bêtise (ou plus) un jour ou l’autre dans leur vie, n’en sont pas moins profondément humaines, et incroyablement ouvertes, intéressantes et
intéressées"...Retrouver une telle condescendance de la part de quelqu'un ayant à peine 20 ans me laisse perplexe.
Cette réflexion personnelle gâche (à mon humble avis) un texte néanmoins intéressant.
Cela est bien dommage.


les-etudes-de-droit 02/03/2011 12:35



Salut Melanandre.

Je parle ici des détenus que j'ai. Je suis au courant à peu près des peines qu'ils exécutent. Je n'ai personne condamné à 20 ans. Et j'ai peut être eu de la chance : mais ils sont super
intéressants (beaucoup ont voyagé) et très attentifs à ce que je dis...

Mais je reste sur mon sentiment à l'égard des détenus (en général cette fois-ci) : le fait qu'ils soient condamnés ne les "déshumanise" pas, quand bien même j'aurais affaire à un violeur
récidiviste. Il aurait gravement fauté, il n'en reste pas moins humain. L'action du GENEPI n'est pas là pour les juger, refaire leur procès, ou les confondre une nouvelle fois dans un sentiment
de honte, de culpabilité ou de turpitude. Nous sommes "simplement" là pour les "divertir" (au sens pascalien du terme) en faisant, autant que faire se peut, abstraction de leur passé pénal...




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