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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 22:41

    L'autre jour, alors que j'étais paisiblement assis dans le bus en direction de ma faculté, l'œil vif, l'oreille sémillante, les sens en émoi ; voici qu'écoutant France Info avec intérêt, je tombe sur une petit chronique qui me donne envie d'écrire quelques mots sur ce que je ressens à propos du sujet dont il était question. Des journalistes avaient fait des petites études dans leur coin sur le niveau général du "français", de la syntaxe donc, la grammaire, l'orthographe, etc. à l’université. Dans les facultés "en général", ils prenaient comme exemple concret, pour illustrer leur boniment, le paradigme de la faculté de droit. Voici une bribe de questions posées à un certain nombre d'étudiants en droit de 1ère année : "définissez l'homicide". Verdict affligent d'indigence intellectuelle : n'entends-je pas comme réponse "crime commis à la maison" o-O. Quelle idée ?! Même sans avoir fait de droit ou quelqu'autre science humaine, où est la difficulté d'expliquer à un journaliste qu'un homicide n'est pas "le fait de donner la mort à autrui (...)" mais simplement un meurtre, point barre (de toute façon, eux ne le savent pas exactement ; ils ne savent pas non plus qu'on interjette appel ; que la loi ne stipule pas ; et que la cour d'assise ne relaxe pas ; mais tout ça, c'est un détail, ce n'est pas grave…). Cette interprétation irrationnelle vient donc, on le dirait bien, de la décomposition du terme "home" et ? du reste... Mais alors, nos étudiants seraient-ils doués en langue vivante ? Cela pourrait compenser... ? Niet, nous ne sommes pas non plus bons en langues (à croire que ça va pas super dans les universités françaises malgré le 10ème mois de bourse, le maintien de la demi part fiscale et l'instauration d'une aide sociale pour les jeunes diplômés qui ne trouvent pas de travail : va-t-on manifester alors ? Certains étudiants se tâtent)... Alors pour en revenir à nos moutons, deuxième question, légèrement plus compliquée : que signifie le terme "xénophobie". Alors là, on ne sait pas vraiment de quoi s'agit, carrément, on a bien une idée de ce qu’est le racisme mais la xénophobie, ça nous dépasse. 3ème question, un peu moins évidente mais pas non plus compliquée : qu'est ce que la "gérontologie" ? Ici, la réponse semble un tantinet plus pertinente : l'étude des fossiles. Bon, à la limite, c'est plus intelligent - ou plus exactement, moins inepte - que le coup de l'homicide. Dernière exemple rapporté par un journaliste : qu'est ce que signifie le verbe "infirmer" : « c'est encore plus fort qu'affirmer, c'est quand on est absolument certain », rétorque l'étudiante. Le bougre, qui se fait une joie de commenter derrière : imaginez ce que ça peut donner dans la vie professionnelle : « j'ai infirmé la décision du patron à nos partenaires »... C'est pathétique. Mais enfin, cela a une part de vérité, c'est indéniable. Et c'est pour cela qu'une fac de Paris (je ne sais plus si c'est Paris XII ou XIII) va mettre en place un système de certification interne qui attestera d'un bon niveau en français (toujours d'après la chronique). Permettez-moi de rappeler au passage qu'un tel examen existe déjà depuis un certain temps : le Certificat Voltaire (cf : Google ; désolé pour la concurrence).

 

    Que nous révèle cette étude ? Cela veut dire : le niveau général des facultés est très moyen ? Alors, j'aimerais émettre des réserves et proposer ma vision des choses. Une fac, c'est un système, un système d'éducation public, presque gratuit et ouvert à tous. Pourtant, en dehors des prépa Cachan, la faculté de droit reste l'unique formation pour préparer un diplôme de droit pur. Alors, ce qui se passe en réalité, c'est que la sélection se fait différemment : j’entends par là "naturellement". Et que in fine, seule l’"élite" de la fac (ça me fait mal de le dire mais je crois de plus en plus, de jour en jour, que c'est vrai) s’en sortira parfaitement bien. D’autres encore réussiront, mais "galèreront" à trouver une place, ou, devront passer par des concours décotés pour gravir les « échelons » en interne. En Ecole, prépa…, la sélection est effectuée dès l’entrée dans la structure et dès la première année post-bac (ou directement sur concours après bac+2). En fac, avec un peu de chance, même sans avoir un niveau du feu de dieu on peut toujours se hisser, péniblement mais surement, jusqu’en L2, L3 voire M2. Oui, ça arrive de temps en temps… Ce sont partie des étudiants qui pompent leur mémoire sur internet. Mais ce qu’il faut tout de même bien comprendre et souligner, c’est que ce n’est pas la faculté qui forme les élèves à l’orthographe, à la syntaxe ou à la grammaire. Ainsi, il n’y a aucun lien de causalité ni encore moins d’effet entre le mauvais niveau de français de jeunes étudiants en L1 et la formation universitaire. Il faut cesser de lier et toujours "consubstancialiser" ces deux notions. D’abord parce que, selon moi, il y a un certain nombre de bons élèves en faculté qui ont envie de réussir et qui réussissent par ailleurs ; et deuxièmement parce que la formation universitaire, bien exploitée², peut donner des résultats tout aussi satisfaisant voire meilleurs (pourquoi pas ?) que certaines écoles (je pense aux magistères, je pense aux DJCE, je pense aux Masters côtés, je pense aux doubles licences droit-histoire ou -histoire de l’art ou -langue, je pense à la formation Erasmus…). Et c’est en fait bien en ce point là que s’exprime tout l’esprit de mon blog. Un individu reste un individu. On lui dispense une formation lambda. C’est à lui de la faire fructifier s’il en a envie (sa formation, c’est comme une plante ; certains auront la main verte, d’autres pas). C’est à lui qu’il incombe la charge du travail et de l’investissement, pas à l’Etat, pas aux amis ni aux parents. Il faut être conscient que, partant de bases neutres (allez, à quelques exceptions près, je vous le concède : certains ont des facilités, d’autres des difficultés ; certains ont "la finance facile" pour quitter leur région, d'autres pas), beaucoup de choses sont envisageables. Il suffit juste de le vouloir et d’avoir une part de chance (mais ces deux notions ne collent-elles pas ensemble ?). Je me suis un peu égaré du sujet originel mais en fait, ce reportage insinuait à peine subrepticement que le niveau de nos facultés (et surtout les bancs des L1) était mauvais. Ce que je conteste en bloc.

 

² : voir, tous les autres articles...

 

 

NB : investissement pour les élèves qui n'auraient pas su répondre à ces questions : le Bescherelle, pour les autres, le Grévier.

 

 

| EDIT |

    Il a suffi que je poste cet article pour découvrir que les hauts fonctionnaires de l'Etat ne sont pas forcément, eux non plus, au niveau. Didier Migaud, président de la cour des comptes tout fraichement nommé était l'invité de Jean Jacques Bourdin sur RMC jeudi dernier. Comme à son habitude, il a posé une question "politiquement concrète" à l'invité politique du jour. Il avait ainsi déjà piégé Estrosi (maire de Nice et ministre de l’industrie) sur le prix du timbre (bon, peu importe, c'est excusable), Hortefeux sur le taux d'alcoolémie légal au volant (là, c'est déjà plus gênant) mais dans le cas présent, ça dépasse de loin les deux questions précédentes. Combien font 9x7 ? Question basique... Réponse basique : 76. D'habitude, je ne m'arrête pas sur ce genre de choses, mais là, ça dépasse l'entendement. Diplômé d'un institut d'étude politique et de la faculté de droit ne rend pas nécessairement les gens bien pensants... A croire qu'il faisait semblant... Le pire est peut-être la fausse estrasse de tergiversation et de justification qui a suivie la question. Bref, ça aurait plus tendance à m'inquiéter qu'autre chose...

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Published by les-etudes-de-droit
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commentaires

Marine 11/12/2011 20:02

Tres bon article, je partage entierement ton point de vue ! C'est facile d'interroger des étudiants en L1 de Droit pour dire ensuite que les formations universitaires sont mauvaises. Il faudrait se
renseigner, notamment sur le fait que l'accès en première année de Droit n'est pas sélectif (si on intègre sa fac de secteur), et que la sélection se fait après (seulement 14% des étudiants sont
passés en deuxième année dans l'université où j'étudie, par exemple)... Enfin bref, comme on nous l'apprend à l'université de Droit : il ne faut surtout pas croire tout ce que disent les
journalistes.

les-etudes-de-droit 11/12/2011 21:09



J'abonde dans votre sens !
Toujours trier l'information.



Pascal Hostachy 17/10/2010 21:05


Le correcteur orthographique est un formidable outil. Il est évident qu’il doit être utilisé à bon escient. Je suis donc d’accord avec vous sur la nécessité de le maîtriser, et ce dès les années
collège.
Néanmoins, je ferai deux remarques qui me semblent importantes.

La première est que le correcteur orthographique est très pertinent pour éradiquer les fautes lexicales, mais très médiocre sur les fautes grammaticales, sémantiques et syntaxiques. Or les fautes
grammaticales (incluant les accords et la conjugaison) sont de loin les plus préjudiciables. S’en remettre au correcteur automatique peu s’avérer des plus périlleux.

La seconde est qu’il serait troublant, d’un point de vue culturel, que la maîtrise de son orthographe, plus largement de sa langue par une société soit déléguée à un outil. C’est un choix de
société qui ne nous appartient pas, mais sur lequel on peut avoir une position. La nôtre est claire : une culture a le devoir de défendre son existence, la langue étant sa pierre angulaire. Qu’on
ne se méprenne pas, si nous étions au Portugal ou en Allemagne, notre discours serait le même autour d’un Projet Pessoa ou Goethe. Il ne s’agit pas d’imposer une culture, mais simplement d’éviter
sa désagrégation.


les-etudes-de-droit 17/10/2010 21:31



    Je suis réjouis de recueillir votre avis sur la question. Et encore une fois nous sommes d’accord. Alors, je ne peux que conseiller aux étudiants qui passent sur le blog, si
leur orthographe les démangent, de passer le test Voltaire pour leur permettre de se perfectionner.
    D’ailleurs, j’ai dans l’optique - moi-même - de le passer un de ces quatre. Je sais que je suis loin d’être parfait en orthographe (en même temps qui l’est vraiment ?) mais ça
me permettrait de faire un point…



Pascal Hostachy 17/10/2010 15:23


Je suis responsable de la Certification Voltaire et du Projet Voltaire. Je comprends votre ressentiment lorsque l’on parle d’une baisse de niveau des universités. Ma génération soufrait déjà de ce
jugement, jugement qui se répète à chaque génération, depuis Socrate qui disait déjà : « nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l’autorité et n’ont aucun respect pour
l’âge. À notre époque, les enfants sont des tyrans. » Pour ma part, je ne me permettrais pas de me prononcer sur le sujet, qui se trouve d’ailleurs hors de notre champ d’investigation.
En revanche, le niveau de maîtrise de l’orthographe baisse de manière substantielle. Les entreprises sont les premières à tirer la sonnette d’alarme. Outre ces alertes, des statistiques objectives
attestent ce fait. Les statistiques à grande échelle que le Projet Voltaire est en mesure de produire ne disent pas le contraire. Ce fait est indéniable.
Je vous rejoins lorsque vous dites que ce problème n’est pas propre aux universités. C’est un problème sociétal.

Le monde de l’enseignement supérieur est aux portes du monde professionnel, et c’est là que le problème de l’orthographe devient manifeste. C’est pourquoi les universités sont dans l’œil du
cyclone, malgré elles. Je vous rassure (ou vous inquiète), il en est de même pour les écoles d’ingénieurs, les écoles de commerce, les filières professionnelles (BTS, BP…).
En réalité, nous sommes d’accord, le monde de l’enseignement supérieur hérite d’une situation qu’il n’a pas causée. Mais il ne peut se permettre de l’ignorer, au risque de perdre une part de son
crédit. Il doit le traiter. Je ne veux pas faire de publicité ici, mais je puis vous assurer que des remèdes modernes sont en train de prouver leur efficacité.

Lorsque vous dites que l’enseignement supérieur - notamment les universités - n’en continue pas moins de produire des élites, vous avez entièrement raison. Mais le problème de l’orthographe demeure
patent, affectant un pourcentage de plus en plus important de nos concitoyens… et de nos élites.


les-etudes-de-droit 17/10/2010 17:14



Bonjour,

    J'abonde dans votre sens, ou à tout le moins, je vous rejoins. Surtout lorsque vous dites : "le monde de l’enseignement supérieur hérite d’une situation qu’il n’a pas causée.
Mais il ne peut se permettre de l’ignorer". C'est évident, mais cette grande question peut servir de prétexte à certains contempteurs et autres oiseaux de mauvaise augure pour critiquer les
universités. Et j’ai du mal à le supporter, sachant que, comme vous le rappelez très bien, ce problème touche aussi bien les étudiants en  faculté qu’en école (ou ailleurs).
    Et outre le problème de l’orthographe, je remarque souvent, et je ne dis pas cela par arrogance déplacée, un manque de vocabulaire notable de beaucoup d’étudiants -et pas
seulement d’étudiants d’ailleurs. Le moindre terme qui échappe à l’usage courant est très souvent méconnu par un nombre substantiel de personnes…
   
    En dehors de ce débat fac/école, pensez-vous qu’apprendre aux élèves, dès le plus jeune âge, à utiliser correctement les correcteurs d’orthographe puisse être une idée pour
remédier à ce travers généralisé de l’orthographe ?



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